· Paris, Musée des Arts et Métiers

Le Musée des Arts et Métiers

muséeParistechniqueaviationscience

Les pièces vraiment « wow » du Musée des Arts et Métiers sont, à mon avis, les suivantes.

0. Zeus devant le musée

Ce n’est pas un simple cheval, mais une œuvre d’art mécanique en mouvement.

Le Musée des Arts et Métiers explique que ce cheval métallique est l’œuvre qui a traversé la Seine lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Il a été imaginé dans le cadre de la mise en scène de Thomas Jolly et conçu par Atelier blam.

Il est désormais exposé devant le musée, qui le présente comme un symbole du savoir-faire français, de la technologie et d’une forme de « poésie mécanique ».

Zeus devant le musée

1. Le Blériot XI

Le matin du 25 juillet 1909, Louis Blériot décolle de Sangatte, en France, à bord de cet avion. Il traverse la Manche et atterrit près de Douvres, en Angleterre, après environ 32 minutes de vol.

C’est le premier vol motorisé réussi au-dessus de la Manche, un exploit majeur dans l’histoire de l’aviation. En le voyant suspendu dans le musée, on a presque du mal à croire qu’une machine aussi fragile ait pu accomplir une traversée aussi symbolique.

Le Blériot XI

2. L’Avion n°3 de Clément Ader

L’Avion n°3 de Clément Ader ressemble à une chauve-souris mécanique : de grandes ailes, une forme étrange, très éloignée des avions modernes. Son intérêt n’est pas d’être « beau », mais de montrer une étape très ancienne de l’histoire de l’aviation, lorsque les inventeurs s’inspiraient encore directement des oiseaux ou des chauves-souris pour imaginer des machines volantes.

En 1897, l’Avion n°3 est testé à Satory. L’essai officiel n’est généralement pas considéré comme un succès. Mais les documents du musée indiquent que les traces laissées par les roues auraient disparu sur environ 300 mètres, ce qui est parfois interprété comme un indice que l’appareil aurait quitté le sol.

Bien sûr, les sources françaises insistent beaucoup sur le rôle pionnier d’Ader. Mais dans l’histoire internationale de l’aviation, on considère généralement que le Wright Flyer des frères Wright, en 1903, est le premier avion motorisé habité à avoir réellement réussi un vol contrôlé.

L’Avion n°3 de Clément Ader

3. L’église Saint-Martin-des-Champs

L’église Saint-Martin-des-Champs elle-même est l’un des éléments les plus frappants de la visite. Après la Révolution française, cette ancienne église a été transformée en lieu de conservation des inventions techniques.

Voir un pendule de Foucault, des avions et des automobiles installés dans une église a quelque chose de légèrement ironique, presque symbolique : la foi dans le progrès technique remplace ici, en quelque sorte, l’ancienne fonction religieuse du lieu.

L’église Saint-Martin-des-Champs

4. Le pendule de Foucault

Le Musée des Arts et Métiers conserve la sphère originale du pendule de Foucault. Pour fonctionner, un pendule de Foucault a besoin d’une grande hauteur de suspension, et la voûte de l’église s’y prête parfaitement.

La démonstration actuelle permet de revivre l’expérience de 1851, mais l’appareil qui oscille aujourd’hui n’est évidemment pas l’objet original.

Dans ma mémoire, le Panthéon reste surtout important parce que c’est là que Foucault réalisa sa célèbre démonstration publique en 1851. Le Panthéon est donc le lieu du grand moment historique, tandis que le musée conserve un élément original lié à cette expérience.

Le pendule de Foucault

5. Le supercalculateur Cray-2

Le musée présente aussi un Cray-2, un supercalculateur utilisé dans les années 1980 à l’École polytechnique. Aujourd’hui, la puissance de calcul d’un simple téléphone portable dépasse probablement largement celle de cette machine, qui était pourtant, en 1985, un véritable outil de prestige réservé aux grandes institutions scientifiques.

Son importance ne tient pas seulement au fait qu’il calculait vite. Il montre surtout le moment où l’humanité a commencé à utiliser les ordinateurs pour simuler le monde naturel : la météo, l’air, l’eau, les matériaux, l’espace. Ce qui relevait autrefois de l’expérience physique ou du calcul manuel pouvait désormais être modélisé par des supercalculateurs.

Le supercalculateur Cray-2

6. Le prototype de robot martien

Autre pièce intéressante : un prototype de robot d’exploration martienne, réalisé grâce à une collaboration entre le LAAS — le Laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes de Toulouse —, Alcatel Espace et le VNII Transmash russe.

Ce petit robot raconte une époque où l’exploration spatiale reposait sur de grandes coopérations entre laboratoires publics, industriels européens et instituts russes. Il ne s’agit pas seulement d’un objet technique, mais aussi d’un témoin d’un moment particulier de l’histoire industrielle et spatiale.

Alcatel Espace appartenait alors à l’univers d’ALCATEL, ancien géant français des télécommunications et de l’industrie. Depuis, ce groupe a été restructuré, fusionné, vendu par morceaux, puis absorbé dans d’autres ensembles. L’ALCATEL de cette époque n’existe donc plus vraiment aujourd’hui : il reste un nom, des héritages techniques, mais plus le grand groupe industriel tel qu’on pouvait l’imaginer autrefois.

Le prototype de robot martien

Petite conclusion

Ce musée est intéressant parce qu’il ne montre pas seulement des objets anciens. Il montre des moments où l’humanité a essayé de comprendre, de voler, de calculer, d’explorer et de transformer le monde.

Entre l’ancienne église, les avions suspendus, le pendule, le supercalculateur et le robot martien, on a l’impression de traverser plusieurs rêves techniques à la fois.